L'Univers d'Aurora — Coulisses
Dans les coulisses d'Aurora
Comment une idée devient-elle un roman ?
Un texte plus long qu'à l'habitude (environ 8 minutes de lecture), dans lequel je partage ma méthode d'écriture, de l'idée globale d'Aurora jusqu'aux premières pages du Tome II.
Quand on tient un roman terminé entre ses mains, avec ses personnages, ses lieux et ses centaines de pages, il peut être difficile d'imaginer qu'au départ… il n'y avait parfois qu'une seule phrase.
C'est pourtant ainsi que je travaille sur Aurora.
Et lorsque l'idée du Tome II est apparue, presque immédiatement après la publication du premier, le processus a recommencé.
Pas avec un premier chapitre.
Pas avec des dialogues.
Pas même avec une histoire complètement définie.
Mais avec une idée globale et un chemin émotionnel que je voulais faire parcourir à Léa.
Je ne vous dirai évidemment pas lequel : ce serait déjà vous en révéler beaucoup trop sur le Tome II.
En revanche, je peux vous montrer comment cette méthode avait fonctionné pour le premier Tome.
Tout commence par une idée
Au tout début d'Aurora – Les Échos du Temps, mon idée pouvait se résumer assez simplement :
Raconter le voyage initiatique d'une jeune fille qui quitte son foyer pour vivre une aventure dans un monde fantastique.
À ce stade, il n'y a pas encore de roman.
Mais il y a déjà une direction.
Je sais que Léa doit quitter ce qu'elle connaît. Qu'elle va découvrir un monde beaucoup plus vaste qu'elle ne l'imaginait. Qu'elle va rencontrer d'autres personnages, être confrontée à l'inconnu et évoluer au cours de son voyage.
La question suivante devient alors :
Comment lui faire vivre tout cela ?
Une grande idée devient une multitude de petites idées
C'est probablement la phase la plus libre.
Je commence à imaginer des situations.
Une rencontre.
Un lieu.
Un obstacle.
Une découverte.
Un moment de doute.
Une décision qui fera avancer Léa.
À ce stade, je ne cherche pas nécessairement à savoir précisément où chaque idée va se placer.
Certaines ne dépasseront jamais le stade de quelques mots.
D'autres seront abandonnées.
Deux idées peuvent finir par n'en former qu'une seule.
Et certaines vont au contraire prendre suffisamment d'importance pour devenir une véritable étape du voyage.
Progressivement, quelque chose apparaît.
Les futurs chapitres.
Mais je ne commence toujours pas à écrire le roman.
Avant d'écrire : construire le fil
Une fois les grandes étapes identifiées, je prépare une première structure.
Elle est volontairement très simple.
Pour chaque chapitre, je note en quelques lignes ce qui doit s'y passer.
Je cherche notamment à savoir :
- Où en est Léa au début ?
- Que doit-elle vivre ou découvrir dans ce chapitre ?
- Qu'est-ce qui doit avoir changé lorsqu'il se termine ?
Un chapitre qui occupera ensuite plusieurs dizaines de pages peut donc, à ce moment-là, n'être représenté que par quelques lignes dans mon document de travail.
Je ne cherche pas encore les formulations définitives.
Je n'écris pas les dialogues.
Je ne décris pas précisément les paysages.
Je construis le squelette de l'histoire.
L'émotion avant les scènes
Il y a aussi quelque chose qui a pris de plus en plus d'importance dans ma manière de travailler : savoir ce que le chapitre doit provoquer.
Aujourd'hui, avant de développer un chapitre, je distingue notamment deux choses :
- L'objectif émotionnel : ce que Léa doit ressentir ou traverser.
- L'objectif narratif : ce que le lecteur doit apprendre, comprendre ou découvrir.
À partir de ces deux objectifs, je peux découper le chapitre en plusieurs scènes.
Chaque scène a alors une raison d'exister.
Elle doit faire avancer l'histoire, le personnage — et idéalement les deux.
C'est une manière de conserver le fil conducteur tout au long de l'écriture et d'éviter d'ajouter des scènes uniquement pour remplir des pages.
Ma structure de travail suit ainsi ce principe : objectifs émotionnel et narratif, découpage en scènes, écriture scène par scène, puis relecture du chapitre dans son ensemble.
Et seulement maintenant… j'écris
C'est finalement assez tard dans le processus que commence ce que l'on imagine spontanément lorsqu'on parle d'« écrire un roman ».
La page blanche.
Le premier paragraphe.
Les dialogues.
Les descriptions.
Mais à ce moment-là, la page n'est plus vraiment blanche.
Je connais mon point de départ.
Je sais où je veux arriver.
Je connais les principales étapes du chemin.
Il reste à dérouler le fil.
Une petite ligne de mon plan peut devenir une scène entière.
Il faut maintenant savoir ce que Léa voit en arrivant quelque part, ce qu'elle ressent, comment les autres personnages réagissent.
Les dialogues apparaissent.
Les silences aussi.
Les lieux prennent une couleur, une température, une atmosphère.
Les personnages commencent à exister entre les événements que j'avais prévus.
Et quelques lignes très factuelles deviennent progressivement plusieurs pages de roman.
De quelques mots à un chapitre
On pourrait donc résumer mon processus ainsi :
Idée globale
Qu'est-ce que je veux raconter ?
Idées de chapitres
Quelles étapes vont permettre de raconter cette histoire ?
Préstructure
Début → évolution → fin
Objectifs & scènes
Que doit vivre Léa ? Que doit découvrir le lecteur ?
Écriture
Dérouler le fil scène après scène
Relecture
Resserrer, corriger et vérifier la cohérence de l'ensemble
Ce qui est amusant, c'est qu'à la fin, le lecteur ne voit évidemment plus rien de tout cela.
Et c'est plutôt bon signe.
Il ne reste que l'histoire.
Mais tout ne se passe jamais comme prévu
Avoir une structure ne signifie pas que tout est figé.
Bien au contraire.
Une scène qui devait être très courte peut soudain devenir beaucoup plus importante.
Un dialogue peut ouvrir une possibilité que je n'avais pas envisagée.
Un personnage peut prendre davantage de place.
Et parfois, une idée qui semblait excellente dans le plan ne fonctionne tout simplement plus lorsqu'elle arrive dans le récit.
Alors je la change.
Je déplace une scène.
J'en supprime une autre.
J'en ajoute une.
Le plan donne une direction, mais il ne doit jamais enfermer l'histoire.
Pour moi, c'est justement l'un des plaisirs de l'écriture : savoir où je vais tout en conservant suffisamment de liberté pour être encore surpris par le chemin.
Et le Tome II dans tout cela ?
Lorsque le premier Tome a été publié, j'avais déjà envie de savoir ce qui pouvait venir ensuite.
Très rapidement, une nouvelle idée globale s'est imposée.
Cette fois encore, elle concernait autant ce que Léa allait vivre intérieurement que l'aventure elle-même.
Puis les idées sont arrivées.
Elles sont devenues des étapes.
Les étapes sont devenues des chapitres.
Les chapitres ont reçu leur structure.
Et le fil a commencé à se dérouler.
Je pourrais vous en dire davantage…
Mais ce serait entrer sur le territoire des spoilers. 😉
Alors je vais simplement vous laisser avec cette image :
avant de devenir un roman de plusieurs centaines de pages, le Tome II d'Aurora a lui aussi commencé par quelques lignes dans un document.
Et personnellement, je trouve toujours assez fascinant de revenir à ces premières lignes une fois le livre terminé.
La prochaine fois ?
Pour une prochaine visite dans les coulisses d'Aurora, je pourrais aller encore un peu plus loin et vous montrer un véritable plan de chapitre, puis le comparer à ce qu'il est finalement devenu dans le roman.
Ou vous raconter comment naît un personnage, comment je construis un lieu d'Aurora, ou encore comment la musique influence certaines scènes.
À vous de choisir les prochaines coulisses que vous aimeriez découvrir.
David Desquiens
9 août 2026
